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La guerre civile à Toulouse

Jean de Mansencal sera confronté pendant ses 26 années au plus haut poste du Parlement de Toulouse aux querelles entre catholiques et protestants qui aboutiront à la guerre civile.

Le texte qui suit est tiré d'un livre.


DES ANNEES DE LIGUE
AUX JOURS DE FRONDE

(VERS 1560- VERS 1630)

Vers 1560 s'ouvre à Toulouse une nouvelle crise. Les querelles entre catholiques et protestants vont apporter à notre ville ce que I'" union sacrée " lui avait épargné lors de la crise albigeoise, et ce qui ne s'était qu'esquissé par moments pendant le conflit franco-anglais : la guerre civile, avec ses haines inexpiables et son cortège de ma1heurs. Tentations de la Réforme. La situation exacte de l'Eglise catholique à Toulouse dans les premières décades du XVIe siècle mériterait l'étude approfondie qui ne lui a pas encore été consacrée. S'en dégagerait- il, sans nuances, une condamnation du clergé, de ses moeurs et de ses abus ? Cela n'est pas sûr .Il est vrai que l'Eglise toulousaine est un troupeau sans pasteur . Les archevêques nommés par la loi depuis le Concordat de 1516 sont avant tout des hommes politiques ou des diplomates, tel Georges d'Armagnac que l'on a vu bien peu à Toulouse bien qu'il en ait occupé (théoriquement) le siège de 1562 à 1577. Beaucoup de clercs en profitent pour adopter un genre de vie plus commode: les chapitres de Saint-Etienne en 1510, de Saint-Sernin en 1526, ont abandonné la règle de saint Augustin et se sont sécularisés. Les religieux prennent de grandes libertés avec leurs voeux. Les Augustins, il est vrai, se sont réformés en 1519. Réforme éphémère I Car en 1559 on découvre qu'ils accordaient une affectueuse hospitalité à un certain nombre de prostituées toulousaines: quatre filles sont arrêtées en février, par les soldats du guet, alors qu'elles étaient cachées dans les chambres des religieux et deux de ceux-ci sont pris avec elles, tandis que le prieur, le sous-prieur et quelques frères ont le temps de s'enfuir avec d'autres filles. Le procès révèle que l'une des filles est chez les Augustins depuis 15 mois, une autre depuis 3 ans! Circonstance ~ aggravante, il s'agissait de femmes mariées qui avaient abandonné leurs conjoints au profit de la communauté religieuse. Cet exemple incite à quelque scepticisme quant à l'authenticité des réformes réalisées par les autres ordres mendiants, Carmes ou Franciscains. La réforme bénédictine du prieuré de La Daurade semble sérieuse, de ".', même que celle des religieuses augustines de la Madeleine qui, précisément, ouvrirent un " refuge " pour les prostituées repenties. Il est , vrai qu'elles passeront au calvinisme en 1561, tandis que les religieuses ... de Lespinasse (à 12 km au nord de Toulouse) se laissaient enlever et " marier par les protestants de Montauban sans grande réticence, semble til. Mais l'on admet parfaitement qu'un trouble moral ne saurait suffire à susciter une opposition dogmatique et l'on sait que les historiens ont renoncé à expliquer par la seule crise morale du clergé catholique la Réforme protestante. Elle répondait, n'en doutons pas, à des aspirations, à des besoins et à des tendances intellectuelles nouvelles que ne pouvait satisfaire la simple réforme morale entreprise par le clergé. Nous sommes mal renseignés sur les débuts du protestantisme à Toulouse. C'était sans doute le luthérianisme que visaient, en 1530 et 1532, les dénonciateurs de l'hérésie. Qu'en était-il au juste pour Jean de Caturce ? Se réunissait-il avec des amis, comme il a été dit, dans la cellule d'un Augustin, frère Thaddée, pour commenter l'Evangile ? Jehan de Boyssoné, s'il est vrai qu'il témoignait d'une grande liberté d'esprit, ne paraît pas avoir été luthérien. Etienne Dolet s'en est défendu avec énergie. Bientôt d'ailleurs l'emporte le calvinisme. La première édition de l'" Institution Chrétienne " date de 1536. L'expansion de ces idées reste très mal connue. Elle était facilitée par la circulation plus ou moins clandestine de livres, dont les titres trompaient parfois le lecteur . Aurait-on pu soupçonner un ouvrage calviniste dans cette " Manière de faire prier aux églises françaises... imprimée à Rome par le commandement du Pape " ? Etait-ce un converti au calvinisme que ce Louis Rochet te, Frère Prêcheur (et inquisiteur, qui plus est), brûlé à Toulouse comme hérétique en 1538 ? L'expansion du calvinisme fut en tout cas beaucoup plus rapide dans l'ensemble du Languedoc, surtout à l'est (Nîmes) et au nord (Castres, Gaillac, Montauban) qu'à Toulouse même. Cependant elle se manifesta en 1547-48 par divers incidents où furent surtout impliqués des étudiants qui s'en prenaient aux Franciscains ou troublaient les processions. Certains maîtres comme Jean de Coras étaient aussi en cause et l'Université paraissait donc très touchée par l'hérésie. Le Parlement de Toulouse, suivant les recommandations du roi, avait réagi dès 1539 et, de 1540 à 1548, il avait instruit 200 procès et fait brûler 18 suspects. Mais, à partir de 1548, la répression s'intensifie en même temps que l'hérésie progresse. Le roi Henri Il forme au sein du Parlement une délégation spéciale, composée d'un président et de 12 conseillers, pour le jugement des hérétiques - réplique de la " Chambre ardente " parisienne. En 1553, plusieurs ca1v~stes toulousains s'enfuient à Genève: un prêtre de la Daurade, François Punisson, qui en écrit plusieurs lettres à ses coreligionnaires de Toulouse; des conseillers au Parlement, Antoine de Lautrec, Antoine de Saint-Germier , qui sont brûlés en effigie. En 1555, des statues de saints sont mutilées à Saint-Etienne, et l'atmosphère est si tendue qu'un cri de " au luthérien " suffit à déclencher une bagarre dans l'église. Voici enfin la date essentielle: en 1558, une véritable église protes- tante apparaît fondée à Toulouse. Ses premiers pasteurs sont un certain Jean le Masson dit Vignault ; un ancien Carme, Nicolas Folion dit la Vallée ; un nommé Molineau ; puis un ancien Cordelier d'origine espagnole, Jean Cormère dit Barrelle: guère plus pour nous que des noms, souvent accompagnés de pseudonymes. La communauté envoie des délégués au synode national de mai 1559, qui organise l'Eglise protestante en France. Quelle était sa force exacte ? comptait-elle 25000 adhérents, selon les " Annales " municipales; ou seulement 4000, chiffre plus raisonnable avancé dans une lettre du Parlement (1561) ? Sans doute pénétrait-elle dans tous les milieux : la municipalité où, parmi les capitouls de 1561, Jean de Nos, Raimond du Faur seigneur de Marnac, Bernard Puymisson avocat, apparaissent gagnés aux idées nouvelles, et Jean de Téronde fort hésitant; les officiers royaux, entre lesquels le viguier Jean Portal lui est particulièrement favorable; et, nous l'avons vu, le Parlement et l'Université. La composition des deux délégations - protestante et catholique - qui se présentèrent au Conseil de ville en 1561 à propos de l'affaire des prédicateurs (voir ci-dessous) permet d'esquisser une sociologie de la Réforme toulousaine. L'étude de ces délégations par Marie-Dominique Monségur montre en effet que " bourgeois ", au sens large, et mar- chands représentent 76 % de la délégation protestante contre 45 % seulement de celle des catholiques, tandis que les artisans forment 39 % de la délégation catholique et à peine 17 % de la protestante. Dans celle-ci d'ailleurs, plusieurs notables: Me Bernard Caussi, avocat ; Georges Dumay, procureur du roi; Jean de Saint-Etienne, maître des Eaux et Forêts, etc. Trois libraires également. On peut donc penser que " la communauté réformée s'était implantée dans les couches les plus évoluées de la population toulousaine ". Par contre, le reste de la population mieux encadrée par les ordres mendiants restait pour l'essentiel profondément attachée au catholicisme. Tout cela ne sur- prendra pas. La mort de Henri Il (1559), l'avènement de l'enfant maladif qu'était , François Il, laissaient le pouvoir aux mains des Guise, partisans les ~ plus vigoureux de la lutte contre le calvinisme. Au sein de celui-ci, ils renforçaient les éléments les plus décidés à se défendre par tous les moyens. La conjuration d'Amboise, étouffée en 1560, annonce les horreurs de la guerre civile. Puis, au terme d'une année de règne, François Il meurt en décembre 1560 et Catherine de Médicis devient régente au nom de Charles IX. Sa politique, prudente et opportuniste, donne les coudées plus franches aux protestants. A Toulouse ils n'hési- tent pas à célébrer leur culte en plein jour malgré les interdictions et, devant les hésitations des capitouls, les catholiques s'indignent. Dès lors les incidents se multiplient. Les huguenots assistent à des prêches publics dans les " Etudes ", près du collège de l'Esquile, ainsi les 29 et 30 mars 1561. Les capitouls et le guet, prévenus, découvrent le 29 une assemblée d'environ 120 per- sonnes, à genoux et chantant des psaumes, sous la direction d'un prédicateur. L'assemblée se disperse à la vue du guet mais le lendemain une réunion semblable a lieu et, fait nouveau, les protestants parcourent les rues en armes, en chantant des psaumes de Marot. C'est une manière de faire pièce au Carême qui est alors prêché dans la ville. Ce Carême est agité: à la Dalbade, une des quatre églises où est donnée, cette année-là, la prédication, un huguenot entonne un psaume